Tribune. Wimoov présente la 4ème édition du Baromètre des Mobilités du Quotidien

par | 17 Sep, 2026 | Autobus, Autocar, Les dossiers, Réseau

Wimoov, association qui œuvre en faveur de la mobilité inclusive et durable depuis près de 30 ans, a dévoilé le 17 septembre les résultats de la 4ème édition du Baromètre des Mobilités du Quotidien.

Réalisée par Ipsos bva auprès de 13 400 personnes en France hexagonale et en Corse*, cette nouvelle édition confirme une situation alarmante : la mobilité est devenue un facteur de précarité et aggrave les inégalités socio-économiques et territoriales.

Cette année, 17 millions des Français sont en situation de précarité mobilité (soit 31% de la population française majeure). Ils étaient 15 millions en 2024. Ces difficultés de mobilité ressenties ne sont plus seulement la conséquence de la fragilité économique des ménages : elles en deviennent également une cause directe.

Faute de pouvoir absorber la hausse du coût des carburants, les ménages modestes sont de plus en plus conduits à arbitrer entre mobilités, alimentation, énergie, chauffage ou santé – voire de renoncer purement et simplement à certains de ces besoins essentiels.

Cette situation révèle également une mobilité souvent contrainte : près d’un Français sur deux (47%) estime ne pas avoir réellement le choix de ses modes de déplacement au quotidien. Plus que jamais, garantir à chacun la possibilité de se déplacer doit être un enjeu majeur pour l’ensemble de l’action publique afin de maintenir la cohésion sociale dans notre pays.

Les chiffres clés :

  • Près d’un Français sur deux (47%) estime ne pas avoir le choix de ses modes de transport du quotidien, un chiffre en légère progression.
  • 40% des Français ont renoncé à au moins un déplacement du quotidien au cours des dernières années, et 74% des 18-29 ans.
  • 79% des habitants des territoires ruraux ne pourraient pas remplacer leur voiture par un autre mode de transport suite à une panne (+16 points par rapport à la population totale).
  • Les mobilités du quotidien représentent près de 25% du budget total des ménages vivant sous le seuil de pauvreté, soit considérablement plus que pour les ménages aisés (10%).
  • Un Français sur six (15%) a dû réduire ses dépenses de nourriture au cours des dernières années pour financer ses mobilités, et 12% ses soins de santé.
  • Seuls 28% des Français connaissent les aides à la mobilité durable, et 1 sur 2 connait les aides à l’usage des transports en commun.

Entre difficultés de mobilités et hausse de la précarité, le coût de la mobilité pèse plus lourd pour les plus précaires

  • Le coût des mobilités s’avère trop élevé : il s’élève en moyenne à 225 € par mois (hors achat du véhicule) – un montant avant tout porté par les dépenses de carburants et d’assurances des véhicules thermiques – et il pèse notamment sur les ménages modestes. Les personnes sous le seuil de pauvreté consacrent ainsi environ 25% de leur budget total à des dépenses de mobilités, alors que cette proportion n’est que d’environ 10% pour les ménages aisés. L’enquête montre par ailleurs combien les Français sont fragiles face aux variations des prix des carburants : 54% des automobilistes se verraient contraints de réduire leur utilisation de la voiture en cas de hausse de 30 centimes (environ +15%), un chiffre qui atteindrait 65% si la hausse était de 1 euro (environ +50%). Sans surprise, les ménages modestes sont les plus frappés par ces variations.
  • Une situation qui conduit les personnes les plus fragiles à moins se déplacer que les autres : si 38% des Français ne sortent pas de chez eux tous les jours, ce chiffre atteint 43% chez les personnes sous le seuil de pauvreté et 55% chez les demandeurs d’emploi.

La mobilité, un déterminant de l’inclusion économique et sociale ainsi que de la santé

Dans ce contexte, de plus en plus de ménages sont contraints à des arbitrages difficiles : 48% des Français renoncent parfois à des déplacements pour faire des économies, un chiffre qui atteint même 62% dans les familles monoparentales et 63% chez les personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

Ces arbitrages ont un impact direct sur l’inclusion économique et sociale ainsi que sur la santé des Français. En effet, si les renoncements aux déplacements concernent surtout les loisirs et les sorties (22%), ils touchent aussi fréquemment des dimensions encore plus vitales :

  • Au cours de l’année écoulée, 12% des Français ont renoncé à des soins de santé pour pouvoir continuer à financer leurs trajets du quotidien, et en sens inverse 14% ont renoncé à un rendez-vous médical en raison de difficultés de transport.
  • De même, 10% des Français ont renoncé à un emploi, une formation ou à y postuler, faute de pouvoir s’y rendre, un chiffre qui atteint même 26% parmi les demandeurs d’emploi.
    La mobilité apparaît ainsi de plus en plus comme une condition préalable à l’exercice d’autres droits fondamentaux : travailler, se soigner, se former ou maintenir une vie sociale.

Les jeunes, premières victimes de la précarité en matière de mobilité

  • Les jeunes se disent globalement satisfaits de leurs possibilités actuelles de mobilités (88%). Mais cela masque une forme de résignation, car dans le même temps, 69 % des 18-24 ans affirment qu’ils aimeraient se déplacer plus souvent, et 72% qu’ils aimeraient se déplacer plus loin, des chiffres nettement supérieurs à la moyenne nationale.
  • De fait, les jeunes concentrent la plupart des difficultés de mobilité, notamment de nature financière : 36% d’entre eux ne détiennent pas le permis de conduire – principalement pour des raisons de coût – et 62% évitent fréquemment de se déplacer pour ne pas trop dépenser.
  • En conséquence, près des trois quarts des 18-24 ans (74%) ont déjà renoncé à un déplacement du quotidien au cours des cinq dernières années – contre 40% en moyenne nationale. Ces renoncements entraînent des conséquences majeures sur leur entrée dans la vie professionnelle : 22% des jeunes ont renoncé à un trajet lié à un emploi (contre 10% pour l’ensemble des Français), et 71% des jeunes actifs qui télétravaillent le font avant tout pour faire des économies. Ces difficultés de mobilité constituent ainsi un frein direct à l’autonomie et à l’insertion de la jeunesse déjà en fragilité.

La voiture : une dépendance qui ne se réduit pas

  • Sans surprise, la voiture continue de dominer les déplacements quotidiens : 72% des Français en font leur mode de transport principal, un chiffre qui progresse (+4 points par rapport à 2024) et atteint même 87% en zone rurale. Mais derrière cette préférence se cache une autre réalité : pour beaucoup de Français, la voiture n’est pas un choix, mais une nécessité.
  • Si près d’une personne sur deux (47%) estime ne pas pouvoir réellement choisir ses modes de déplacements au quotidien, ce chiffre atteint 55% chez les automobilistes. Parmi eux, 73% ont le sentiment d’être dépendant de leur voiture pour leur activité professionnelle, l’accès aux soins médicaux (75%) ou aux achats essentiels (79%). De fait, les automobilistes pensent très majoritairement qu’en cas de défaillance de leur véhicule actuel, il leur serait difficile de le remplacer par un autre mode de transport (63%), mais aussi de s’en procurer un autre (58%).
  • L’image très positive dont bénéficie encore la voiture ne traduit donc que partiellement un attachement culturel réel. Elle est aussi le fruit d’une absence d’alternatives réellement accessibles pour une part importante de la population : si 37% des Français affirment ne pas disposer de transports en commun à proximité de chez eux, ce chiffre monte à 61% dans le périurbain et même à 79% dans les zones rurales.

Autres chiffres à retenir :

  • La sécurité, un véritable frein à la mobilité : 48% des Français évitent certains déplacements par crainte pour leur sécurité (incivilités, agressions, accidents). Parmi eux, 76% renoncent, limitent leurs horaires de sortie ou allongent leur parcours. Ce sentiment d’insécurité touche davantage les femmes (52%), les ménages vivant sous le seuil de pauvreté (58%) ainsi que les jeunes (68%).
  • Une transition écologique qui risque d’aggraver les inégalités : 42% des Français ont changé de mode de transport à cause des aléas climatiques dans les 12 derniers mois, et pour 47% d’entre eux ce changement s’est reporté vers un mode thermique (voiture ou deux-roues motorisé). Les bénéficiaires actuels des aides à la conversion sont trop rarement les foyers ruraux et modestes, qui sont pourtant les utilisateurs les plus captifs de la voiture individuelle. Seuls 6% des habitants des zones rurales et 9% des personnes vivant sous le seuil de pauvreté ont déjà obtenu une aide visant à faciliter le passage à une voiture plus propre ou au vélo. Pourtant, l’intérêt est réel : 40% des automobilistes éligibles à des aides tarifaires pourraient basculer vers les transports en commun s’ils en bénéficiaient, dont 47% chez les personnes sous le seuil de pauvreté.

Les propositions de Wimoov :

Face à ces constats, Wimoov s’attache à construire et rendre davantage audible un véritable « récit social » de la mobilité inclusive et durable, et appelle les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs de la mobilité à se mobiliser autour de plusieurs priorités :

  • Rendre effectif le droit à la mobilité pour toutes et tous, en prenant comme objectif commun la réduction de la précarité mobilité pour passer sous la barre des 10 millions de personnes en situation de précarité mobilité d’ici 2030.
  • Développer le métier de conseiller mobilité sur tous les territoires, pour toutes et tous, afin d’accompagner le changement de pratiques et donc d’optimiser l’usage des solutions alternatives à la voiture individuelle thermique existantes, et mieux informer le grand public sur les différentes aides et solutions existantes.
  • Sanctuariser et investir sur les dispositifs qui ont démontré leur efficacité, encourager leur déploiement plus massif et leur réplicabilité : l’accompagnement des demandeurs d’emploi vers la mobilité a fait ses preuves, les renoncements à l’emploi pour cause de difficultés de transports étant en baisse régulière.
  • Appliquer le principe de conception universelle des solutions et politiques de mobilité, pour que l’inclusion de tous les territoires et tous les publics soit un objectif systématique.
  • Faire de la mobilité une compétence qui s’apprend et se réapprend à tous les âges de la vie, avec un continuum éducatif à la mobilité porté de manière interministérielle.


*Le Baromètre des Mobilités du Quotidien – 4ème édition – a été réalisé par Ipsos bva pour Wimoov et ses partenaires auprès d’un échantillon national de 13 400 personnes de 18 ans et plus, résidant en France hexagonale et en Corse (enquête en ligne, terrain du 3 au 20 février 2026), complété par deux échantillons additionnels de 500 personnes chacun – habitants de quartiers prioritaires de la ville (QPV) et personnes en situation d’illectronisme – interrogés par téléphone entre le 12 janvier et le 25 février 2026. Les enquêtes ont été réalisées avant le conflit au Moyen-Orient impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi que la hausse des prix du carburant qui s’en est suivie.

 

 

Share This